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samedi 31 mai 2008

Le "Lacrosse"

Bonjour à tous,

Au cours du XIXe et au début du XXe siècle, le jeu de « lacrosse » était considéré comme le sport national au pays. Le samedi 23 septembre 1893 se déroule une joute mémorable entre les « Capitals » d’Ottawa et le « Shamrocks » de Montréal pour le championnat canadien.

Le vendredi et le samedi matin, des convois de trains amènent plusieurs milliers de spectateurs à Montréal. Tous ces amateurs de crosse paient un pris d’admission variant de 1 à 3 dollars. Payant la crosse à cette époque? Possiblement… L’année auparavant, les deux mêmes équipes se partageaient des revenus de 4638 $ lors de la finale.(1) Ajoutons à cela que les champions en titre, les Shamrocks, avaient vendu à l’encan les balles et bâtons utilisés lors de la finale. Les produits dérivés ne datent pas d’aujourd’hui…


Mais revenons à cette partie finale de 1893. La balle est mise au jeu à 15 h. En fait, les deux équipes disputent plusieurs parties ou périodes d’une heure. Mais au cours de la cinquième partie, avec deux minutes et demie à jouer, des spectateurs envahissent le terrain afin de s’en prendre aux « Capitals ». La police doit intervenir et les joueurs d’Ottawa retraitent vers leur vestiaire. L’équipe ontarienne décide de ne pas revenir sur le terrain. Ils se déclarent champions, puisqu’ils ont remporté trois des cinq parties en dépit du fait qu’il reste un peu de temps à jouer. En soirée, des centaines de partisans, grisés par la victoire, accompagnent l’équipe championne vers la gare.

Voyons ce qu’en dit le rédacteur sportif du journal La Presse dans un texte intitulé son « Spectacle barbare! » (2)

Il est beau ce « jeu national » dont on semble vouloir tant se glorifier depuis quelques années! Vingt-quatre athlètes, armés de bâtons, se ruant les uns sur les autres, se frappant à tour de bras, les uns tombant exténués, d’autres roulant dans la boue, sans connaissance ou baignant dans leur sang, ça et là deux ou trois adversaires s’empoignant avec rage ou se ruant de coups de poing, une immense foule en délire applaudissant ces scènes barbares, tel est, en petit, le joli spectacle que la partie de crosse samedi a donné. Et dire que toutes les classes de la société de Montréal étaient là, assistant avec délices à cet étranglement et ne ménageant pas leurs applaudissements. Les femmes étaient peut-être en plus grand nombre encore que les hommes et ce n’était pas la portion la moins enthousiaste de la foule. Qu’avons-nous à nous récrier contre les combats de taureaux? A vrai dire c’est moins brutal et la vie est moins en danger que celle des joueurs de crosse samedi dernier.

De pareils spectacles ne sont pas de nature à hausser la bonne réputation des villes où ces scènes brutales ont lieu.

Quinze à vingt mille personnes assistaient au spectacle.


Ce commentaire du journaliste est évocateur. Mais il faut comprendre qu’à cette époque, l’intégration du sport professionnel au sein de la société n’est pas acquise. La boisson, les paris, l’exubérance des partisans et la violence du spectacle contribuent à nourrir un discours conservateur qui s’érige contre le sport. C'est une des raisons pour laquelle les organisateurs sportifs s'empressent d'inviter tous les notables de la société afin d'afficher une certaine respectabilité à l'événement.

En regard de cette joute de crosse disputée en 1893, faut-il se surprendre aujourd’hui lorsque les amateurs de hockey se délectent d’une partie rehaussée par de bons coups d’épaule?

(1) Roxborough, Henry. One Hundred – Not Out, p.45.
(2) Spectacle barbare. La Presse, lundi 25 septembre 1893, p.5.
Photo : http://msulacrosse.com/Documents/2407_lacrosse_team_520.jpg

1 commentaires:

Jean Turcotte a dit…

Et combien le sport de la crosse a traîné depuis, comme un boulet, cette réputation de sport violent. De plus, la partie dont tu fais mention, mon cher Paul, me mettait pas en scène des autochtones.
Si tu me le permets je ferai suivre ton article vers le lien de la Fédération de Crosse du Québec. Je ne serais absolument pas surpris que notre bon vieil ami Pierre Filion y réagisse.

Amitiés
Jean Turcotte